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日志


5月28日

人生識字胡涂始

人生識字胡涂始



  中國的成語只有“人生識字憂患始”〔2〕,這一句是我翻造的。

  孩子們常常給我好教訓,其一是學話。他們學話的時候,沒有教師,沒有語法教科書,沒有字典,只是不斷的听取,記住,分析,比較,終于懂得每個詞的意 義,到得兩三歲,普通的簡單的話就大概能夠懂,而且能夠說了,也不大有錯誤。小孩子往往喜歡听人談天,更喜歡陪客,那大目的,固然在于一同吃點心,但也為 了愛熱鬧,尤其是在研究別人的言語,看有什么對于自己有關系——能懂,該問,或可取的。

  我們先前的學古文也用同樣的方法,教師并不講解,只要你死讀,自己去記住,分析,比較去。弄得好,是終于能夠有些懂,并且竟也可以寫出几句來 的,然而到底弄不通的也多得很。自以為通,別人也以為通了,但一看底細,還是并不怎么通,連明人小品都點不斷的,又何嘗少有?〔3〕人們學話,從高等華人 以至下等華人,只要不是聾子或啞子,學不會的是几乎沒有的,一到學文,就不同了,學會的恐怕不過极少數,就是所謂學會了的人們之中,請恕我坦白的再來重复 的說一句罷,大約仍然胡胡涂涂的還是很不少。這自然是古文作怪。因為我們雖然拚命的讀古文,但時間究竟是有限的,不像說話,整天的可以听見;而且所讀的 書,也許是《庄子》和《文選》〔4〕呀,《東萊博議》呀,《古文觀止》〔5〕呀,從周朝人的文章,一直讀到明朝人的文章,非常駁雜,腦子給古今各种馬隊踐 踏了一通之后,弄得亂七八遭,但蹄跡當然是有些存留的,這就是所謂“有所得”。這一种“有所得”當然不會清清楚楚,大概是似懂非懂的居多,所以自以為通文 了,其實卻沒有通,自以為識字了,其實也沒有識。自己本是胡涂的,寫起文章來自然也胡涂,讀者看起文章來,自然也不會倒明白。然而無論怎樣的胡涂文作者, 听他講話,卻大抵清楚,不至于令人听不懂的——除了故意大顯本領的講演之外。因此我想,這“胡涂”的來源,是在識字和讀書。

  例如我自己,是常常會用些書本子上的詞匯的。雖然并非什么冷僻字,或者連讀者也并不覺得是冷僻字。然而假如有一位精細的讀者,請了我去,交給 我一枝鉛筆和一張紙,說道,“您老的文章里,說過這山是‘*'膀’的,那山是‘岩’的,那究竟是怎么一副樣子呀?您不會畫畫儿也不要緊,就鉤出一點輪廓 來給我看看罷。請,請,請……”這時我就會腋下出汗,恨無地洞可鑽。因為我實在連自己也不知道“*'膀”和“岩”究竟是什么樣子,這形容詞,是從舊書上 鈔來的,向來就并沒有弄明白,一經切實的考查,就糟了。此外如“幽婉”,“玲瓏”,“蹣跚”,“囁嚅”……之類,還多得很。

  說是白話文應該“明白如話”,已經要算唱厭了的老調了,但其實,現在的許多白話文卻連“明白如話”也沒有做到。倘要明白,我以為第一是在作者 先把似識非識的字放棄,從活人的嘴上,采取有生命的詞匯,搬到紙上來;也就是學學孩子,只說些自己的确能懂的話。至于舊語的复活,方言的普遍化,那自然也 是必要的,但一須選擇,二須有字典以确定所含的意義,這是另一問題,在這里不說它了。

  四月二日。
5月22日

法蘭西第十位物理學Prix Nobel得主辭世

法蘭西第十位物理學諾貝爾獎得主 Pierre-Gilles de Gennes辭世.
de Gennes是在1991年獲得此項榮耀的.
de Gennes除了在其研究領域的成就卓著, 還頗具人格魅力, 懂得獎掖後進, 指導新秀, 提拔新生事物, 發揮團隊精神. 他能將複雜的物理學知識用淺顯的詞彙解釋, 讓你覺得能理解, 讓你覺得自己也具有當物理學家的資質.
他還是個謙遜的人...

我最喜歡他的一這句話: "Le vrai point d'honneur n'est pas d'être toujours dans le vrai. Il est d'oser, de proposer des idées neuves, et ensuite de les vérifier. Il est aussi bien sûr, ajoutait-il, de savoir reconnaître publiquement ses erreurs (…) L'honneur du scientifique est absolument à l'opposé de l'honneur de Don Diègue. Quand on a commis une erreur, il faut accepter de perdre la face." 榮耀不在於總是掌握真理. 而在於敢於嘗試, 提出並論證新的思想. 當然也要懂得在眾人面前承認錯誤....科學家的榮耀與Diègue老爺的榮耀恰恰相反... 犯下錯誤時, 要勇於丟臉...



5月20日

肥水不流外人田和Stockholm Syndrome

我大夏國人有俗諺雲: "肥水不流外人田".

又聞: ----楚 王 張 繁 弱 之 弓 , 載 忘 歸 之 矣 , 以 射 蛟 兕 於 雲 夢 之 圃 。 而 喪 其 弓 , 左 右 請 求 之 , 王 曰 : 『 止 ! 楚 王 遺 弓 , 楚 人 得 之 , 又 何 求 焉 ? 』
--- 仲 尼 聞 之 曰 : 『 楚 王 仁 義 而 未 遂 也 。 亦 曰 人 亡 弓 , 人 得 之 而 已 , 何 必 楚 ! 』----

"肥水不流外人田" 似乎成了大夏國人的秉性, 成了大夏文化的神髓.
此神髓也, 蔓延蓄積在有大夏國人存在的任一罅隙里, 藏納於大夏人的每處毛孔中... 形成了異樣的污染, 扼殺了個性的發展... 此神髓之所至, 要求大夏人"顧全大局,犧牲小我"...

與"外人", 相對者, 誰人也?  俗曰"自己人"... "自己人"可指親朋故舊, 同鄉同胞, 祖國故鄉....

"肥水不流外人田" 之宗旨乃要求: 商人即使賠了本錢也要把貨物賒給自己人, 顧客即便戕害自己的軀體與靈魂也要用親朋故舊的產品, 也要照顧同胞的生意, 也要支持所謂的國貨...
否則便有人罵你"忘恩負義", "六親不認", "損害大局"...

總之, 依據"肥水不流外人田"之神髓, 個人安危與幸福都要暫且忘記, 最好是永久拋棄.

或有清醒者, 反問: "難道, 親朋故舊, 同鄉同胞, 祖國故鄉是希望籠罩在自己影子里的個體拋棄自己的幸福來成全他的大局?"

篤信"肥水不流外人田"的人向來對個性與自由之發揚防微杜漸, 對倡導個人主義者輕則譏笑辱罵重則設獄虔劉.

此類人之口號乃是"大局萬歲", "個體該死"... 甚至久而久之, 此類人也全然不覺墜入了肉食者設下的大局....並作了大局里的唱夫走卒, 出入必定戴一套奴才的面具, 扮一幅奴才的嘴臉, 生怕犯了與主人爭輝的忌諱.

有奴才說, 寧可要自己的同胞們活得苦難些也不能受了外人的影響, 寧可"要一個腐敗的兇神惡煞般似的主人", 也不要"賣掉自己的主人", 據說這是民族骨氣和血性.

奴才們怎麼會想得到自己的主人兼顧了兩面, 一面是對他們兇惡跋扈, 一面在出售他們的血肉呢?

肥水不流外人田, 寧可接受自己主人的凌辱, 也不能忍受外人施捨給自己的友善...
肥水不流外人田, 寧可把自己的身體提供給自己的主人去玩虐, 也不願意將它交給外人作善良的呵護...
肥水不流外人田, 寧可死在是自己主人的庸醫的手里, 也不願意讓是外人的良醫作哪怕一個診斷, 一個評說, 生怕因證明了外人的高明,丟了主人的臉...
肥水不流外人田, 寧可陪主人去死, 也不願意苟活在沒了主人的世界上... 曹霑在一部紅樓中曾描摹過這般氣概...


肥水不流外人田有時是一種病態的執著和對外界的大不信任,對外界的大敵視, 這也應當算是Stockholm  Syndrome的一種表現吧...

5月19日

巴洛克風格的詩作

Un corbeau devant moy croasse,
Une ombre offusque mes regards
Deux belettes, et deux renards,
Traversent l’endroit où je passe :
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquay tombe du haut mal,
J’entends craqueter le tonnerre,
Un esprit se présente à moy,
J’oy Charon qui m’apelle à soy,
Je voy le centre de la terre.

Ce ruisseau remonte en sa source,
Un bœuf gravit sur un clocher,
Le sang coule de ce rocher,
Un aspic s’accouple d’une ourse.
Sur le haut d’une vieille tour,
Un serpent deschire un vautour,
Le feu brusle dedans le glace,
Le Soleil est devenu noir,
Je voy la Lune qui va cheoir,
Cet arbre est sorty de sa place.

    Théophile de Viau (1590-1626)
Ode "Un corbeau...", publiée dans les Oeuvres de 1621.
5月17日

Accent du français

Selon Pierre R. Léon (Phonétisme et prononciations du français)," l'accentuation est une proéminence d'énergie articulatoire qui se manifeste par une augmentation physique de longueur, d'intensité et éventuellement un changement de fréquences en passant de syllabe inaccentuée à accentuée et/ou au cours de l'évolution de la syllabe accentuée. Au plan de la perception, on parlera de paramètres de durée, d'intensité et de hauteur." p.106.

La hauteur est un paramètre de l'intonation.
"en français standard une syllabe accentuée est en moyenne deux fois plus longue qu'une syllabe inaccentuée." p.107.
"Le rythme est marqué par la perception du retour d'une proéminence accentuelle. Si la périodicité de l'accentuation s'établit selon une certaine isochronie, on dira qu'on a un rythme régulier, comme dans la versification classique.
En rhétorique, on donne le nom de mesure au groupe rythmique. L'alexandrin classique est un vers de douze syllabes, divisé en quatre mesures par l'accentuation..."
5月12日

Dragon malade

晉 魏 郡 亢 陽 , 農 夫 禱 於 龍 洞 , 得 雨 , 將 祭 謝 之 。 孫 登 見 曰 : 「 此
病 龍 , 雨 , 安 能 蘇 禾 稼 乎 ? 如 弗 信 , 請 嗅 之 。 」 水 果 腥 穢 。 龍 時 背 生
大 疽 , 聞 登 言 , 變 為 一 翁 , 求 治 , 曰 : 「 疾 痊 , 當 有 報 。 」 不 數 日 ,
果 大 雨 。 見 大 石 中 裂 開 一 井 , 其 水 湛 然 , 龍 蓋 穿 此 井 以 報 也 。

Sans titre

張 華 , 字 茂 先 , 晉 惠 帝 時 為 司 空 , 於 時 燕 昭 王 墓 前 , 有 一 斑 狐 ,
積 年 , 能 為 變 幻 , 乃 變 作 一 書 生 , 欲 詣 張 公 。 過 問 墓 前 華 表 曰 : 「 以
我 才 貌 , 可 得 見 張 司 空 否 ? 」 華 表 曰 : 「 子 之 妙 解 , 無 為 不 可 。 但 張
公 智 度 , 恐 難 籠 絡 。 出 必 遇 辱 , 殆 不 得 返 。 非 但 喪 子 千 歲 之 質 , 亦 當
深 誤 老 表 。 」 狐 不 從 , 乃 持 刺 謁 華 。 華 見 其 總 角 風 流 , 潔 白 如 玉 , 舉
動 容 止 , 顧 盼 生 姿 , 雅 重 之 。 於 是 論 及 文 章 , 辨 校 聲 實 , 華 未 嘗 聞 。
比 復 商 略 三 史 , 探 頤 百 家 , 談 老 、 莊 之 奧 區 , 披 風 、 雅 之 絕 旨 , 包 十
聖 , 貫 三 才 , 箴 八 儒 , 擿 五 禮 , 華 無 不 應 聲 屈 滯 。 乃 歎 曰 : 「 天 下 豈
有 此 少 年 ! 若 非 鬼 魅 則 是 狐 狸 。 」 乃 掃 榻 延 留 , 留 人 防 護 。 此 生 乃 曰
: 「 明 公 當 尊 賢 容 眾 , 嘉 善 而 矜 不 能 , 奈 何 憎 人 學 問 ? 墨 子 兼 愛 , 其
若 是 耶 ? 」 言 卒 , 便 求 退 。 華 已 使 人 防 門 , 不 得 出 。 既 而 又 謂 華 曰 :
「 公 門 置 甲 兵 欄 騎 , 當 是 致 疑 於 僕 也 。 將 恐 天 下 之 人 捲 舌 而 不 言 , 智
謀 之 士 望 門 而 不 進 。 深 為 明 公 惜 之 。 」 華 不 應 , 而 使 人 防 禦 甚 嚴 。 時
豐 城 令 雷 煥 , 字 孔 章 , 博 物 士 也 , 來 訪 華 ; 華 以 書 生 白 之 。 孔 章 曰 :
「 若 疑 之 , 何 不 呼 獵 犬 試 之 ? 」 乃 命 犬 以 試 , 竟 無 憚 色 。 狐 曰 : 「 我
天 生 才 智 , 反 以 為 妖 , 以 犬 試 我 , 遮 莫 千 試 , 萬 慮 , 其 能 為 患 乎 ? 」
華 聞 , 益 怒 曰 : 「 此 必 真 妖 也 。 聞 魑 魅 忌 狗 , 所 別 者 數 百 年 物 耳 , 千
年 老 精 , 不 能 復 別 ; 惟 得 千 年 枯 木 照 之 , 則 形 立 見 。 」 孔 章 曰 : 「 千
年 神 木 , 何 由 可 得 ? 」 華 曰 : 「 世 傳 燕 昭 王 墓 前 華 表 木 已 經 千 年 。 」 乃 遣 人 伐 華 表 , 使 人 欲 至 木 所 , 母 空 中 有 一 青 衣 小 兒 來 , 問 使 曰 :「
君 何 來 也 ? 」 使 曰 : 「 張 司 空 有 一 少 年 來 謁 , 多 才 , 巧 辭 , 疑 是 妖 魅 ; 使 我 取 華 表 照 之 。 」 青 衣 曰 : 「 老 狐 不 智 , 不 聽 我 言 , 今 日 禍 已 及 我 , 其 可 逃 乎 ! 」 乃 發 聲 而 泣 , 倏 然 不 見 。 使 乃 伐 其 木 , 血 深 ; 便 將 木 歸 , 燃 之 以 照 書 生 , 乃 一 斑 狐 。 華 曰 : 「 此 二 物 不 值 我 , 千 年 不 可 復 得 。 」 乃 烹 之 。

刺草

儀禮˙士相見禮:凡自稱於君,士夫則曰下臣,宅者在邦則曰市井之臣,在野則曰草茅之臣,庶人則曰刺草之臣。
5月5日

Les Yeux d'Elsa

Les Yeux d'Elsa
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de moire plus bleu d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Louis Aragon

Sur Sept Glaives et sept douleurs, cf: http://www.udenap.org/11/marie_sept_douleurs.htm

5月4日

Roseau pensant, Blaise Pascal

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
5月3日

Littérature mineure少數文學

La littérature revêt trois caractères: déterritorialisation, politicité, valeur collective.

Ci-dessous est l'analyse du premier caractère par Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka Pour une littérature mineure, Minuit, 1975.


« Une littérature mineure n’est pas celle d’une langue mineure, plutôt celle qu’une minorité fait dans une langue majeure. Mais le premier caractère est de toute façon que la langue est affectée d’un fort coefficient de déterritorialisation. Kafka définit en ce sens l’impasse qui barre aux juifs de Prague l’accès à l’écriture, et fait de leur littérature quelque chose d’impossible : impossibilité de ne pas écrire, impossibilité d’écrire en allemand, impossibilité d’écrire autrement. Impossibilité de ne pas écrire parce que[1] la conscience nationale, incertaine et opprimée, passe nécessairement par la littérature. L’impossibilité d’écrire autrement qu’en allemand, c’est pour les juifs de Prague le sentiment d’une distance irréductible avec la territorialité primitive tchèque. Et l’impossibilité d’écrire en allemand, c’est la déterritorialisation de la population allemande, elle-même, minorité oppressive qui parle une langue coupée des masses, comme un "langage de papier" ou d’artifice ; à plus forte raison les juifs, qui, à la fois, font partie de cette minorité et en sont exclus, tels « des tziganes ayant volé l’enfant allemand au berceau. Bref, l’allemand de Prague est une langue déterritorialisée, propre à  d’étranges usages mineurs[2].» « (Kafka) ... Aller toujours plus loin dans la déterritorialisation... à force de sobriété. Puisque le vocabulaire est désséché, le faire vibrer en intensité. Opposer un usage purement intensif de la langue à tout usage symbolique, ou même significatif, ou simplement signifiant. (P.35) ». « Riche ou pauvre, un langage quelconque implique toujours une déterritorialisation de la bouche, de la langue et des dents. La bouche, la langue et les dents (p.35)trouvent leur territorialité primitive dans les aliments. En se consacrant à l’articulation des sons, la bouche, la langue et les dents se déterritorialisent. Il y a donc une certaine disjonction entre manger et parler–– et, plus encore, malgré les apparences, entre manger et écrire : sans doute peut-on écrire en mangeant, plus facilement que parler en mangeant, mais l’écriture transforme davantage les mots en choses capables de rivaliser avec les aliments. Disjonction entre contenu et expression.Parler, et surtout écrire, c’est jeûner(p.36) ». « D’ordinaire, en effet, la langue compense sa déterritorialisation par une reterritorialisation dans le sens. Cessantd’être organe d’un sens(), elle devient instrument du Sens(). Et c’est le sens, comme sens propre, qui préside à l’affectation de désignation des sons(la chose ou l’état de choses que le mot désigne), et, comme sens figuré, à l’affectation d’images et de métaphores(les autres choses auxquelles le mot s’applique sous certains aspects ou certaines conditions)...p.37. » « Alors que le son articulé était un bruit déterritorialisé, mais se reterritorialisait dans le sens, c’est mainténant le sons qui va lui-même se déterritorialiser sans compensation, absolument. Le son ou le mot qui traversent cette nouvelle déterritorialisation ne sont pas du langage sensé, bien qu’ils en décrivent, et ne sont pas davantage une musique ou un chant organisé, bien qu’ils en donnent un certain effet. Nous l’avons vu, le piaulement de Grégoire qui brouille les mots, le sifflement de la souris, la toux du singe... Partout la musique organisée est traversée d’une ligne d’abolition, comme le langage sensé d’une ligne de fuite, pour libérer une matière vivante expressive qui parle pour elle-même et n’a plus besoin d’être formée. (p.38.) »



[1] Gilles Deleuze et Félix Guattari, Kafka Pour une littérature mineure, Paris, Minuit, 1975, p.29.

[2] Id, p.30.